2012, une année réaliste ?
L'ANDT est certainement, par son ancienneté (1994), la structure qui aura le plus souvent formulé ses voeux pour le développement du télétravail. Pourtant, à lire les enquêtes, rapports et études rédigés par de bons petits soldats mais peu spécialistes du domaine, le télétravail français serait très en retard, dans un état de délabrement proche de l'économie de son pays. Mais comment croire tout ceci alors que chaque document publié se réfère systématiquement aux chiffres de la préhistoire du télétravail français et compare avec l'étranger des situations géographiques et politiques profondément différentes ? Comment croire les conclusions hâtives et pessimistes quand elles se fondent sur un passé vide d'expériences réelles ou faites dans des conditions sans aucun rapport avec les technologies disponibles aujourd'hui ? Quel enseignement tirer des sondages anonymes réalisés sur le Net en sachant que chacun peut raconter n'importe quoi et autant de fois qu'il le souhaite sans qu'aucun contrôle ne vienne justifier les chiffres et tendances ensuite publiés ?
Non, décidément, ce n'est pas notre vision du télétravail. Toutes les faussses barbes, tous les faux arguments pour retarder le développement du télétravail ont été dévoilés, démontés et mis au rebut. Mais il nous reste le facteur humain.
Le télétravail a effectivement un impact sur l'histoire du travail. Il touche et bouleverse beaucoup de nos habitudes et nous oblige à penser notre organisation du travail de manière nouvelle. Pour le salarié, c'est une opportunité. Mais pour l'encadrement traditionnel, nous savons que le télétravail est un casse-tête qui bouleverse chaque jour son métier. C'est pourtant une organisation nouvelle que nos entreprises doivent intégrer sous peine tout simplement de ne plus être compétitives. Reposant, c'est vrai, sur de nouvelles technologies, il est parfois vécu comme une menace pour qui en maîtrise mal les outils. Mais le télétravail n'est pas qu'une question d'équipement et de technologie, c'est aussi une question de formation. Sans celle-ci, le cadre moyen qui se rend compte que son entreprise lui demande de changer de métier ou de méthodes, se sent menacé et fera tout son possible pour bloquer le développement du télétravail. Nous n'ignorons pas les problèmes rencontrés, mais ce n'est pas parce que le télétravail pose des problèmes qu'il ne faut pas le mettre en place.
Souvent, l'idée d'une désocialisation patente est évoquée. Pourtant, personne ne critique Internet alors qu'il redéfinit la façon dont nous rencontrons les autres, dont nous échangeons avec eux et dont nous restons en contact. Le télétravail repose pourtant presque totalement sur l'usage d'Internet. Nous sommes actifs en France sur ces plateformes : 14 millions de blogs et 20 millions de Français sur Facebook. Alors cessons de brandir l'idée d'une fracture numérique, c'est absurde. Ces technologies décuplent notre capacité à échanger, pas l'inverse.
Il reste vrai que le télétravail nous interroge sur la façon dont on doit organiser la vie de l'entreprise et de ses salariés. Le changement qu'apporte cette organisation du travail ne se lit donc pas seulement à l'échelle d'un changement d'organisation interne aux entreprises, il se lit à l'échelle du pays, de nos régions. Et comme le même phénomène se met en place partout dans le monde, et plus particulièrement en Europe, nous ne pouvons y être les derniers et, bien au contraire, nous pouvons, car nous en avons les moyens, construire l'exemple européen du télétravail.
Ceux qui freinent encore le développement du télétravail se livrent à des combats d'arrière-garde sans avoir la moindre chance de gagner. Pourtant, ils devront assumer leur part de responsabilité.
Mais le télétravail n'est heureusement pas que "salarié". Beaucoup de personnes travaillent et télétravaillent de façon indépendante ou dans le cadre de structures légères. Le gouvernement ne manque jamais de rappeler que le monde libéral c'est 200 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 2,7 millions d'actifs. Beaucoup d'électeurs.
Vous travaillez beaucoup. Vous vous plaignez peu. Vous ne bénéficiez d'aucun de ces grands avantages qui existent dans les entreprises pour lesquelles vous travaillez comme prestataires. Vous voyez tout ça mais vous n'y avez jamais droit. Vous portez pourtant des valeurs comme l'initiative, la liberté d'entreprendre, le courage de prendre des risques. Mais un professionnel sur deux qui débute n'a bénéficié d'aucun conseil au préalable. Nous le savons et, depuis bientôt 18 ans, nous faisons tout pour vous aider et combler ce vide.
Chaque télétravailleur indépendant sait bien qu'il passera une partie de sa journée à se demander s'il aura des clients, à les chercher et l'autre partie à essayer de les satisfaire. Rien ne se fera sans sa détermination. Pas d'ancienneté, pas de congés vraiment payés, loin des malheureux 3 jours de carence quand la santé est affectée.
Mais nous savons toutes et tous aussi pourquoi ce choix a été le nôtre. Nous ne reviendrons pas en arrière. Dans les entreprises, et pire, dans les administrations, le télétravail, cet inconnu, fait peur. Pourtant, le changement qu'il incarne est inéluctable.
Alors, nos voeux pour cette année s'adressent plus particulièrement à celles et ceux qui ont confiance. Confiance en la capacité de leur pays à montrer l'exemple comme c'était le cas il y a moins de vingt ans. Confiance en leur entreprise qui "osera" dès qu'elle sera accompagnée par des signes forts de l'Etat (ceci figure dans un rapport parlementaire bien connu et qui, pour moi, est le seul document réaliste sur le sujet). Confiance envers les salariés des entreprises qui souhaitent télétravailler et non cesser toute activité dès qu'ils seront hors du regard. Et aussi confiance en nous qui faisons d'année en année tout notre possible pour que, très vite, nous puissions "vivre et travailler autrement" selon notre devise.
Tous nos voeux vous accompagnent. Heureuse année 2012.
Gérard VALLET
Président de l'ANDT